Hendrick TER BRUGGHEN , "Un chanteur s'accompagnant au luth"

Deventer, 1588 – Utrecht, 1629

Un chanteur s'accompagnant au luth

1624
Huile sur toile.
Hauteur. 104,5 cm. Largeur. 84,7 cm.
Achat de la Ville, 1829.

 
Tournant le dos au spectateur, un musicien est représenté de trois-quarts, jouant du luth et chantant sur un fond neutre. Son visage porte un léger collier de barbe et une moustache plus fournie. Il est vêtu d’un lourd manteau brun d’où émerge la manche rayée et bouffante de sa chemise. Son large béret est agrémenté d’une grande plume rousse et blanche.
Lié au sacré depuis le Moyen Age, le thème musical apparaît dans la peinture profane dès la Renaissance Italienne. Caravage aborda le sujet lorsqu’il séjourna chez le cardinal Del Monte en réalisant Le Joueur de Luth (v. 1596, Saint-Pétersbourg, Ermitage ; v. 1600, New York, MOMA) ou Le Concert de musiciens (1595-1596, New York, MOMA) ; les caravagesques s’en inspirèrent et représentèrent souvent des musiciens assis ou attablés dans un cabaret, car parallèlement à la représentation de l’Ouïe, le luth symbolise aussi la Luxure.
Ter Brugghen a lui mis en scène des joueurs de flûte (1631, Kassel, Staatliche Museen), de cornemuse (1624, Cologne, Wallraf-Richartz Museum), de viole (Windsor, collections royales) ou de luth (1624, Londres, National Gallery ; 1628, Paris, musée du Louvre) dont celui de Bordeaux. Cette dernière est issue d’un dessin préparatoire perdu (anciennement conservé à Berlin) dont proviennent aussi les versions du Davenport Museum of Art et du musée national des Beaux-Arts d’Alger. Après confrontation entre ces œuvres, Olivier le Bihan donne la primauté à la version de Bordeaux.
 
Après un apprentissage chez son compatriote Abraham Bloemaert (1564-1651), Ter Brugghen partit en Italie où il séjourna de 1604 à 1614 et où il semble avoir rencontré Caravage ou tout au moins ses disciples directs dont Orazio Gentileschi. Aucune œuvre de cette période n’est conservée, la première datée et signée est de 1616, Saint Pierre repentant (Utrecht, Centraal Museum), les autres sont de la fin de sa carrière. A partir de 1621, l’artiste privilégia les scènes religieuses et les joueurs d’instruments en s’inspirant pour celles-ci des compositions de Gentileschi et de Bartolomeo Manfredi (1582-1622). Son caravagisme très personnel, parfois archaïque ou lyrique, met en scène des musiciens sur des fonds neutres dont la platitude et le ton assourdi sont brisés par le relief de larges manches bouffantes, rayées de subtiles nuances colorées.
Avec Gerrit van Honthorst (1590-1656) et Dirck van Baburen (v. 1595-1624), Ter Brugghen est l’un des plus brillants maîtres du caravagisme nordique.
Image de "Un chanteur s'accompagnant au luth"©Musée des Beaux-Arts-mairie de Bordeaux. Cliché L. Gauthier

"Un chanteur s'accompagnant au luth"©Musée des Beaux-Arts-mairie de Bordeaux. Cliché L. Gauthier