Jan Boeckhorst, dit Jan Lange "Le Martyre de saint Laurent". MNR 425

Pendant la dernière guerre mondiale, les nazis confisquaient leurs biens aux juifs, franc-maçons, communistes et opposants au régime. Les œuvres ainsi spoliées, retrouvées après la guerre, ont été réunies par les Musées Nationaux et marquées du sigle MNR (Musées Nationaux Récupération). 

Exposées dans les différents musées de France, elles peuvent être, à tout moment, réclamées par leurs anciens propriétaires ou descendants héritiers.


Jan Boeckhorst dit Jan Lange (Münster, 1604 – Anvers, 1668)

Le Martyre de saint Laurent

Vers 1659
Huile sur toile
Hauteur 178 cm. Largeur 100 cm.
Historique : Peint avant 1659 pour l'abbaye de Tongerlo, le 26 août 1649, Boeckhorst obtient du trésorier de l'abbaye un accompte de 174 florins pour ce tableau. L'abbaye fut fermée et vendue en 1796. Ancienne collection M. Tencé, Lille, 1881.

Exporté en Allemagne par le marchand allemand Théo Hermsen, installé à Paris, pour le Dr Hans Herbst, ce tableau fût déclaré pour une valeur de 1 500 000 F en juin 1944 selon une mention figurant au revers d’une photographie du dossier documentaire de l’oeuvre, conservé au musée du Louvre. Le Dr Hans Herbst travaillait comme expert pour la maison de vente Dorotheum de Vienne, une société qui figure parmi les principaux prestataires du projet de musée de Linz. En revanche, aucun élément ne permet de retracer l’historique de l’oeuvre avant cette exportation. Saisi en Allemagne, le tableau fut attribué au musée du Louvre par l’Office des Biens et Intérêts Privés en 1950 puis déposé au musée des Beaux-Arts de Bordeaux en 1952 (MNR 425).

Le 26 août 1649, l’économe de l’abbaye des Prémontrés à Tongerlo, près de Herenthals dans le Brabant, versa à Boeckhorst 174 florins rhénans en acompte pour ce tableau destiné à l’autel de saint Laurent. L’œuvre resta in situ jusqu’à la fermeture et la cession de l’abbaye par l’administration française en 1796. Elle fut signalée lors de la vente de la collection d’Ulysse Tencé, marchand de tableaux, à Lille en 1881, avant de gagner sans doute Paris à une date inconnue. Son attribution changea en faveur de celle, plus flatteuse, d’Anton van Dyck.

Saint Ambroise de Milan raconta l’histoire et le martyre de Laurent, diacre de Sixte II, dans son De Officiis (De Officiis, 141, 205-207). De ce récit qui se résume bien souvent au martyre, Boeckhorst reprit ce thème très populaire, à la demande de ses commanditaires, en respectant la décence imposée par les décrets tridentins (XXVe session, décembre 1563). Aussi, le martyr ne gesticule plus sur le brasier dans des poses alanguies données à l’exemple de Pellegrino Tibaldi (1592, Escurial) ; il attend stoïquement la mort sous la contrainte du bourreau. En revanche, le Flamand perpétue la tradition instaurée par Jérôme Bosch d’un bourreau au visage presque caricatural qui contraste avec la beauté idéalisée du martyr.

Les quelques chercheurs qui ont étudié le tableau bordelais se sont accordés à reconnaître dans le tableau de Titien à l’Escurial daté de 1567 et dans celui de Paul Rubens au château de Schleissheim les principales sources pour le pathétisme. Cependant, Boeckhorst s’est sans doute aussi inspiré, d’une part, d’un second Martyre de saint Laurent (Munich, Alte Pinakothek) de Paul Rubens, présenté autrefois à Bruxelles et gravé par Lucas Vorsterman l’Aîné et surtout, à notre avis, du Martyre de saint Erasme (Daté de 1628 et visible à  Saint-Pierre de Rome) de Nicolas Poussin. Il avait pu voir ce tableau d’autel lors de son séjour romain à la fin de 1639. Il en reprit les figures du prêtre et du bourreau, plus idéalisés chez le Français, un putto portant la palme, la statue de l’idole et le fût de la colonne qui accentue la verticalité et la monumentalité de l’œuvre. La figure enfantine, visible à droite, évoque les portraits familiaux de Rubens à l’exemple de celui de Jan Brueghel et de sa famille (Londres, Courtauld Institute).

L’influence des œuvres tardives de Rubens dont il devint l’élève en 1626 et de celles de son ami Anton Van Dyck ne peut dissimuler l’importance accordée à l’école vénitienne auxquelles Boeckhorst fut sensible dans les années 1650, bien après ce courant du néo-vénétianisme qui se développa en Europe dès les années 1620-1630. Cette influence ultramontaine peut alors expliquer ce cadrage particulier qui coupe les personnages secondaires et qui se remarque dans les autres scènes de martyres connus : Le Martyre de saint Jacques (Münster, Westfälisches Landesmuseum für Kunst et Valenciennes, musée des beaux-arts) et Le Martyre de saint Maurice (Etude préparatoire conservée à Kassel, Staatliche Kunstsammlungen alors que le tableau est à Lille, musée des Beaux-Arts).

 

Image : MNR 425 : Jan Boeckhorst, Le Martyre de saint Laurent

MNR 425 : Jan Boeckhorst, Le Martyre de saint Laurent