Foisonnantes Flandres

À voir au musée : un nouvel écrin pour les collections de l’école du Nord
L’aile Sud du musée des Beaux-Arts dévoile au public un nouvel écrin dédié à l’âge d’or de la peinture flamande du XVIIe siècle. Sublimé par les murs fraîchement peints en jaune, l’accrochage a été entièrement repensé pour exposer au mieux le talent de cette école du Nord. La visite a été conçue en deux parties – tout en prenant en considération les impératifs sécuritaires liés au Covid-19 – présentant d’un côté des peintures religieuses et de l’autre, des œuvres consacrées aux thématiques animalières et mythologiques.
 
Les tableaux de dévotion exposés montrent toute la richesse créative de l’art post-tridentin des Flandres. En effet, le Concile de Trente (1545-1563), moteur de la Réforme catholique face aux critiques des protestants, confirma dans ses décrets l’utilité des images dans le culte romain et les jugea nécessaires notamment comme support à la prière. L’inventivité dont les artistes ont dû faire preuve, suite aux destructions iconoclastes des guerres de religion, est notamment visible dans les chefs-d’œuvre de Rubens : le Martyre de saint Georges, réalisé vers 1615 pour l’église Saint-Grommaire à Lierre (Belgique) ou encore le Miracle de saint Just, peint pour l’église du couvent des Annonciades à Anvers au début des années 1630. L’art catholique devait édifier et séduire les fidèles, comme en témoignent d’autres compositions inventées par l’artiste telles que la Madeleine repentante ou la Crucifixion, toutes deux attribuées à son école. Des œuvres hagiographiques, mariales et christiques des élèves et collaborateurs de Rubens sont aussi mises à l’honneur, avec des tableaux de Hoecke, Seghers, ou Boeckhorst célébrant la chair sacrifiée ou pénitente dans un élan spirituel empreint de movere, typique des artistes septentrionaux.
 
       

Face à cette production spirituelle, les visiteurs pourront voir ou revoir les scènes animalières et mythologiques, illustrant la culture savante des temps modernes en Europe. L’ambition humaniste des peintres du Nord apparaît dans La Chasse de renards de Fyt et Le Lion mort de son maître, Snyders. Ces artistes ne se satisfaisaient plus de reprendre des gravures d’ouvrages encyclopédiques mais procédaient à l’observation directe des animaux, reflétant les progrès de la zoologie. Ces compositions encadrent des œuvres présentant des thématiques mythologiques : le Ganymède attribué à Rubens et le Laocoon de son élève, Soutman. Ces œuvres sont accrochées aux côtés de tableaux italiens de Giordano ou encore de Muttoni, permettant de souligner les échanges artistiques entre les différents pays européens. Ces rapprochements se confirment avec le très généreux don de la Société des Amis du Musée des Beaux-arts de Bordeaux : Le Triomphe de Silène de Spierincks, artiste flamand qui ne fit pas carrière dans les Flandres mais en Italie, à Rome où il côtoya le peintre philosophe, Nicolas Poussin. Cette nouvelle acquisition permet ainsi de confronter les rubénistes aux poussinistes avec « délectation » !
 
Au total vingt peintures sont présentées – dont de nombreuses sorties des réserves (Quellin, Boel ou encore Frans II Francken) – permettant de découvrir le dynamisme et la diversité de cet âge d’or des Flandres, dont le principal héros est sans nul doute Pierre Paul Rubens et dont les collections de Bordeaux reflètent tout le génie.
 

     

Images : Rubens, Le martyre de saint Georges, 1615 / Seghers, La Nativité, 17e / Boeckhorst, Le martyre de saint Laurent, av. 1659 / Snyders, Le lion mort , 17e/ Soutman, Laocoon et ses fils mordus par des serpents, 17e

Salle flamande © Musée des Beaux-Arts, F. Deval

Salle flamande © Musée des Beaux-Arts, F. Deval