Melchior d’HONDECOETER, "Trophée de chasse"

(Utrecht, 1636 – Amsterdam, 1695)

Trophée de chasse

Huile sur toile.
Hauteur 68 cm. Largeur 55 cm.
Historique : Ancienne collection Lacaze. Achat de la ville, 1829.

Sur un banc de marbre brun orangé, un pigeon, un pinson et un martin-pêcheur sont disposés auprès d’un fusil, d’une corne de chasse et d’une gibecière de velours vert aux glands entrelacés d’or. Deux paniers de vannerie, l’un de forme cylindrique et l’autre rectangulaire, sont placés en arrière plan. Dans le premier qui est ouvert, on aperçoit un appeau, une coiffe de faucon et un filet d’oiseleur. L’artiste renforce les effets illusionnistes et le symbolisme avec une composition simple au centre de laquelle il place l’oiseau mort, entouré d’autres gibiers et d’accessoires de chasse sur un fond neutre.
La nature morte acquit son autonomie picturale au début du 16e siècle avec un trophée de chasse, Perdrix et armes en 1504 (Munich, Alte Pinakothek), peint par l’Italien Jacopo de’Barbari (v. 1445-1516). Elle connut son épanouissement au 17e siècle et se diversifia en de nombreux sujets (fleurs, livres, armes, …) dont certains peintres se firent une spécialité. Les représentations d’objets inanimés (stilleven en néerlandais) revêtent alors un symbolisme religieux ou philosophique pour aboutir au genre particulier de la vanité.
Le Trophée de chasse du musée de Bordeaux se singularise par le motif du pigeon, par la présence d’une mouche posée sur l’aile blanche de l’oiseau et par une plume qui s’en est détachée et qui accroche la lumière dans sa chute. A la manière dont l’artiste a mis en évidence ces deux détails, il semble que ce dernier cherche à attirer délibérément l’attention du spectateur sur ces éléments. Depuis le célèbres Enfant aux Raisins de Zeuxis (464-398 avant J-C), le trompe-l’œil a longtemps conservé une vocation allégorique visant à mettre le spectateur en garde. La mise en scène de l’illusion picturale était alors reconnue comme la forme d’expression la plus parfaite du genre de la Vanité. Signe de corruption, la mouche noire ainsi placée sur l’aile blanche du pigeon offre à la fois l’image de l’âme exposée à la souillure du péché et celle du corps promis à la mort. La plume, quant à elle, par le mouvement capricieux de sa chute, fait allusion à la fuite du temps et au cours imprévisible du destin.
Appartenant à l’école hollandaise de la seconde moitié du 17e siècle, Hondecoeter vécut quelques années à La Haye avant de s’installer définitivement à Amsterdam. Par sa formation auprès de son père Gysbert de Hondecoeter et de son oncle Jan Baptist Weenix, il fut un maître animalier reconnu et reçut le surnom de « Raphaël des oiseaux » grâce à de nombreux tableaux, conservés de nos jours dans les grands musées (Louvre, National Gallery de Londres, Mauritshuis de La Haye, Rijksmuseum d’Amsterdam), et à une suite décorative d’Oiseaux  pour le château d’Adolphe Visscher à Driemond (Alte Pinakothek de Munich). Les trophées de chasse, qui n’occupent qu’une place secondaire dans sa production, sont représentés soit en extérieur, adossés à un rocher ou à un tronc d’arbre (Caen, Dresde ou Rotterdam), soit en intérieur, suspendus dans une niche ou posés sur une table (Stockholm ou Tolède).
Image de "Trophée de chasse"© Musée des Beaux-Arts-mairie de Bordeaux. Cliché L. Gauthier

"Trophée de chasse"© Musée des Beaux-Arts-mairie de Bordeaux. Cliché L. Gauthier