Mary CASSATT, "Portrait de fillette"

(Allegheny City, 1844- Mesnil-Théribus (Oise), 1926)

Portrait de fillette ou La robe de dentelle

Huile sur toile, 1879.

Historique : Ancienne collection René DOMERGUE.

Pour ce portrait typiquement impressionniste, l’artiste représente de face, aux deux tiers de sa hauteur, une fillette qui doit avoir deux ou trois ans. La petite fille blonde regarde devant elle, les yeux perdus dans le vague, figé dans l’attente de la pose. Sa robe d’été sans manche est blanche, sa tête est couverte par un chapeau assorti et surmonté d’une fleur. L’ensemble vaporeux est peu détaillé, mais laisse apercevoir une rangée de dentelle constituant le col de la robe. L’arrière plan sans perspective n’est même pas esquissé : un simple fond jaune pâle à larges touches complète l’harmonie colorée entre la blondeur et la pâleur du petit visage aux yeux cernés. Les deux bras blancs de la fillette sont posés sagement sur son ventre, sa main gauche attrapant son poignet droit. La composition épurée est débarrassée des détails qui ne sont pas essentiels au portrait et la palette de couleur reste limitée à quelques tonalités lumineuses.
 
Dans ce portrait délicat, on reconnaît sans doute la petite Odile Fèvre, une nièce du peintre Egdar Degas, grand ami de Mary Cassatt. Plusieurs spécialistes s’accordent à dire qu’on reconnaît là l’enfant déjà présente dans Woman and child driving (Musée de Philadelphie), où le peintre représentait l’attelage familial tiré par le poney « Bichette » lors d’une promenade au Bois de Boulogne en 1879. La fillette est reconnaissable à son aspect sérieux et concentré, et à ses mêmes yeux sombres un peu tombants.
 
Etroitement liée à l’histoire du mouvement impressionniste, la carrière de Mary Cassatt se déroule en majorité en France, sa patrie d’élection. A Paris elle fréquente l’atelier Chaplin, comme le souhaitait sa famille. Mais Degas qui avait remarqué ses envois toujours appréciés au Salon, l’invite à exposer avec les Impressionnistes dès 1877. Dès lors elle participe à leurs expositions et se révèle avec Berthe Morisot comme la meilleure représentante féminine de ce mouvement.
 
Au contraire de certaines œuvres comme « Little girl in a blue armchair », l’absence de décor et d’analyse psychologique évidente annoncent les portraits plus tardifs. A partir de 1901, Mary Cassatt commence une série de pastels représentant de petites filles posant seules, se détachant sur un fond uniforme. Ces portraits étaient particulièrement appréciés des collectionneurs et elle en produisit un grand nombre. Aussi ce Portrait de fillette est-il typique des modèles qu’elle affectionne : un visage rond, des yeux larges, un petit nez, une bouche arrondie. Ces compositions ne dépeignent jamais l’énergie et excitation de l’enfance. Au contraire le peintre leur préfère toujours des scènes de calme et d’inactivité.
 
Libre et indépendante, gardant toujours un style qui lui est propre, Mary Cassatt peignit essentiellement des enfants ou des mères avec leur enfant. Le portrait bordelais est donc tout à fait typique de cette petite enfance, ingénue et sage, qui fascinait tant l’artiste.

 

 

 

Image de "Portrait de fillette", Mary Cassatt © Musée des Beaux-Arts-mairie de Bordeaux. Cliché F.Deval

"Portrait de fillette", Mary Cassatt © Musée des Beaux-Arts-mairie de Bordeaux. Cliché F.Deval