Conjurer le réel ? Artistes du XXe siècle entre figuration et abstraction

musée des Beaux-Arts, aile nord

Le traumatisme des deux guerres mondiales intensifie les réflexions autour de la figuration initiées dès le début du XXe siècle. Avec son humour coutumier, Raphaël Delorme (1886-1962) caractérise une partie du débat qui oppose les tenants de l’abstraction géométrique aux promoteurs de la figuration classique. Cette vision volontairement simplificatrice a néanmoins le mérite de rendre compte du fait que les artistes élaborent différentes réponses esthétiques en fonction de leur degré d’attachement au réel. La sélection des œuvres ici présentées permet ainsi de convoquer de multiples réponses à ce défi esthétique. 

Le cubisme, représenté par Félix Tobeen (1880-1938) et Alice Halicka (1894-1975), avait déjà amorcé au début du XXe siècle une reconsidération totale du traitement de la figure, mais en restant toujours attaché au réel. Avec l’abstraction géométrique, dans la droite ligne des constructivistes russes ainsi que des recherches de Piet Mondrian (1872-1944) et de Paul Klee (1879-1940), les artistes tels que Jean Gorin (1899-1981), Auguste Herbin (1882-1960) ou Jean-Maurice Gay (1899-1961) s’affranchissent de la notion de reconnaissance, même si certains signes persistent. Outre-Manche, c’est le même héritage que partage Victor Pasmore (1908-1998) dans ses constructions en relief. 

Dans un tout autre état d’esprit, Pascal-Désir Maisonneuve (1863-1934), créateur inclassable, assemble des objets chinés pour élaborer une galerie de personnages pleine de dérision. L’apparente spontanéité de l’assemblage de ces “têtes” fait écho au dessin volontairement naïf élaboré par François Dilasser (1926-2012). Mais ici, nulle candeur. Nulle table rase. C’est l’histoire de l’art qui est convoquée à travers l’un de ses plus grands représentants puisque l’artiste propose une réinterprétation d’un célèbre portrait de groupe de Frans Hals (1580-1666), artiste par ailleurs représenté dans les collections du musée.

Les frontières entre ces différentes tendances sont poreuses et il est souvent délicat d’opposer radicalement figuration et abstraction. Aussi, très souvent subsistent les signes d’un rapport au réel. Par des signes géométriques, le choix de certaines formes, matériaux aux couleurs, de nombreux artistes préfèrent parler de peinture non figurative à l’instar de Roger Bissière (1886-1964). Le Personnage en gris d’Olivier Debré (1920-1999) est également révélateur d’une émotion qui réinterprète le réel dans une proposition plastique qui intègre pleinement la dimension performative assignée au titre. 

Au-delà des catégories et des mouvements, les œuvres d’André Masson (1896-1987) et plus récemment de Pierre Alechinsky (né en 1927) donnent au geste créateur un rôle prédominant et questionnent le réel sans l’éradiquer.  
 
Avec les œuvres de : Pierre Alechinsky, Roger Bissière, Georges Braque, Victoire-Elisabeth Calcagni, Olivier Debré, Raphaël Delorme, François Dilasser, Christian Gardair, Jean-Maurice Gay, Jean Gorin, Alice Halicka, Auguste Herbin, Claude Lagoutte, Henriette Lambert, André Masson, Pascal-Désir Maisonneuve, Victor Pasmore, Félix Tobeen.

     

De gauche à droite, Tobeen, Le Bassin dans le parc, 1913 / Raphaël Delorme, Composition : Figuration / Abstraction, 1930-1940 / Pascal-Désir Maisonneuve, L'africain - Masque, 1927-1928. 

Jean-Maurice Gay, <i>Structure</i>, 1949 © Musée des Beaux-Arts-mairie de Bordeaux

Jean-Maurice Gay, Structure, 1949 © Musée des Beaux-Arts-mairie de Bordeaux