Clémentine-Hélène DUFAU, l’histoire d’une artiste engagée

Artiste engagée pour la défense des droits des femmes, Clémentine-Hélène Dufau (1869-1937) est peintre, affichiste, illustratrice et décoratrice. Elle est présentée dans l’exposition Elles sortent de leur(s) réserve(s). Artistes femmes de la collection grâce à Baigneuse, œuvre achetée au Salon de la Société des Amis des Arts de Bordeaux en 1905.

Clémentine-Hélène Dufau
Baigneuse
20e siècle
Huile sur toile
104 x 107,5 cm
Achat au Salon de la Société des Amis des Arts de Bordeaux, 1905
 
 
Zoom sur Baigneuse
 
Œuvre issue de la collection du MusBA et conservée dans les réserves, Baigneuse est un nu peint au début du XXe siècle par Clémentine-Hélène Dufau. Exposée pour la première fois en 1947 au musée des Beaux-Arts de Bordeaux lors de l’exposition La vie du Musée de 1939 à 1947, l’œuvre est aujourd’hui mise à l’honneur pour la seconde fois.
Au premier plan, une femme aux belles courbes pose nue, dans une position alanguie. Son corps tout entier est baigné de lumière dont l’intensité sublime à la fois la posture du modèle et le paysage qui se détache derrière elle. En 1905, lors de sa présentation, certains critiquent la double facture (touche épaisse pour le paysage et fine pour le nu), considérant que le nu et le paysage n’étaient pas traités de manière égale.
 
Dans l’ensemble, l’œuvre suscite beaucoup d’admiration. D’aucuns la rapprochent des tableaux du peintre Alfred Roll (1846-1919), notamment ses œuvres impressionnistes, utilisant cette même palette de couleurs claires ainsi qu’une lumière vive et diffuse. 
Dans sa carrière, Clémentine-Hélène Dufau réalise de nombreux tableaux de nus, majoritairement des nus féminins. Le modèle dépeint ici apparaît d’ailleurs dans plusieurs de ces œuvres.
 
Une artiste renommée
 
Début de carrière
Clémentine-Hélène Dufau est née dans le sud-ouest de la France en 1869. Très jeune, elle connaît des problèmes de santé qui la contraignent à rester allongée chez elle. Pour tromper l’ennui, elle commence à dessiner. Cette passion l’anime. Elle décide donc d’en faire son métier. 
En 1889, un an après son entrée à l’Académie Julian dans l'atelier de William Bouguereau (1825-1905), Clémentine-Hélène, qui n’a alors que vingt ans, expose ses œuvres pour la première fois au Salon des Artistes Français. Elle obtient le prix Marie Bashkirtseff pour sa toile Ricochets en 1895 et une médaille de deuxième classe en 1902 pour son œuvre L’Automne. Sa carrière est lancée. Créatrice d’affiches et dessinatrice, elle devient une artiste reconnue par la presse féminine, et est régulièrement citée dans les journaux aux côtés de peintres masculins. 
 
Des commandes prestigieuses
Quelques années plus tard, l’État français lui commande des panneaux décoratifs pour les salles des sciences (Astronomie-mathématiques, Radioactivité-magnétisme, Zoologie, Géologie) de l’Université de la Sorbonne. L’artiste côtoie aussi Edmond Rostand et se lie d’amitié avec sa famille. L’écrivain lui propose de participer à la décoration de sa célèbre villa Arnaga située à Cambo-les-Bains. 
Preuve de la reconnaissance que lui portent ses pairs et la critique, cette commande permet à Clémentine-Hélène Dufau de bénéficier de réseaux et de soutiens importants à l’époque. En 1909, sa notoriété lui vaut d’être décorée du titre de chevalier de la Légion d’Honneur.
 
Retraite à Antibes et ouvrage testament
Après la guerre, le travail de l’artiste, moins soutenu par la critique, tombe peu à peu dans l’oubli. Elle s’installe à Antibes en 1926 et aborde le dessin sous un angle plus moderne. L’artiste rédige un ouvrage testament Les trois couleurs de la lumière publié en 1932. Dans ce dernier, elle s’intéresse aux questions scientifiques des fréquences de la couleur et des résonances. 
 
Une figure féministe 
Figure majeure du début de la lutte pour l’égalité des sexes, elle défend la place des femmes dans la pensée métaphysique et réfléchit à une possible pensée « féminine » et « unificatrice ». L’artiste s’oppose fermement à la condition de la femme de l’époque, en défendant ses droits et en affirmant sa volonté d'émancipation. Elle publie le manifeste Pro femina dans lequel elle dénonce les violences subies par les femmes et prône l’égalité des sexes.  
En 1898, Marguerite Durand (1864-1934) lui propose de dessiner l’affiche de lancement du journal féministe La Fronde, sur laquelle des femmes de toutes classes sociales, regardent dans la même direction, vers l’avenir.