"Constituée au fil des années par une politique d'achat ambitieuse, complétée par l'apport de dons et de legs, la collection Albert Marquet du musée des Beaux-Arts de Bordeaux est une référence pour tout spécialiste au amateur de cet artiste natif de Bordeaux [...]" Préface du catalogue de l'exposition par Alain Juppé - Maire de Bordeaux.
L'origine bordelaise d'Albert Marquet, avait, dans les années 1960, engagé le conservateur du musée des Beaux-Arts dans une politique d'achats significatifs d'œuvres de l'artiste, enrichis au gré du temps d'acquisitions isolées et emblématiques, telles que Le port de Bordeaux de 1924, acheté en 1977.
Ami de Matisse dès la première heure à Paris, Marquet fait partie de ces peintres, élèves de Gustave Moreau, qui révolutionnent leur art par la couleur et un dessin elliptique venu des japonais. En 1905, le critique Louis Vauxcelles traite de fauves leurs couleurs rutilantes, sortie du tube, les cadmiums, les vermillons ou les outremers. Marquet n'a cependant par la rage colorée de Vlaminck ou Derain ; dans les années de feu, il stabilise sa palette, trouvant dans le contre-jour, le surplomb et le dessin rapide une scénographie nouvelle qui ordonne les paysages. Ses ports et ses bords de Seine apparaissent désormais comme autant de variations du moment poétique transformant sa vision en une écriture, affinant les formes en lignes, les couleurs en une couleur, comme sans effort. Il spécifie, chaque fois, le ton de Naples, le rose de Marseille ou La Rochelle, l'ocre de la Garonne à Bordeaux.
Peintre voyageur, Marquet a ouvert sa fenêtre sur tous les ports d'Europe et au-delà sur le Danube à Galatz ou sur le Nil à Assouan, trouvant dans la transparence ou la densité de l'eau, particulière à chaque site, sa propre écriture.
La collection des Marquet de Bordeaux, première en France pour la complétude chronologique, évoque nombre de ses haltes, Naples, Marseille, La Rochelle, La Goulette, Alger ou Stockholm ainsi que les bords de la Seine dont La Frette, son dernier refuge. Des œuvres d'atelier complètent cet ensemble : nus, portraits ou natures mortes, œuvres souvent expérimentales comme le Nu dit Nu Fauve de 1899, manifeste du projet intellectuel de l'artiste d'ancrer son œuvre dans la modernité.