Seul envoi de Jean-Eugène Buland au Salon de 1887, cette toile illustre la prédilection de l’artiste pour les sujets inspirés de la vie quotidienne dans les campagnes et témoigne de ce sens du détail, de cette précision du rendu, qui en font un artiste rare et hyperréaliste avant l’heure.
Buland s’affranchit de l’académisme de son maître Alexandre Cabanel ; il décrit cette impression du temps suspendu, dans la lignée des peintres de la réalité qui émergent au 17e siècle avec les frères Le Nain.
Véritable chroniqueur des mœurs de la société rurale de son temps, Buland se révèle aussi un psychologue subtil.
À mi-chemin entre réalité et illusion, peinture et photographie, le tableau frappe le spectateur par l’ambiguïté étrange qui se dégage des protagonistes dans le deuil, impassibles, claquemurés dans leurs pensées, attendant de se voir notifier un héritage.
La scène est structurée par une implacable organisation des plans.
Le rouge, qui s’oppose aux couleurs sombres et austères, oriente notre lecture, s’attachant à révéler le coffre ouvert, les scellés, la banderole officielle et enfin le testament, objet de toutes les attentes.
La réalité, recomposée en atelier, n’est qu’apparente et ces « héritiers désillusionnés » (Georges Lafenestre, 1887) semblent les héros d’un drame, impression renforcée par le cadrage serré de cet étouffant huis clos familial.