La première salle est consacrée à Eugène Delacroix (1798-1863) dont le musée possède cinq tableaux. Parmi ceux-ci, le
célèbre La Grèce sur les ruines de Missolonghi de 1824 et La Chasse aux lions de 1855. En 1832, l’artiste avait accompagné au Maroc une mission et avait découvert la lumière éblouissante de l’Afrique du Nord.
Il réalisa sur place de nombreux carnets de dessins dans lesquels il puisa tout au long de sa carrière, comme pour notre tableau, Un Marocain de la garde de l’Empereur, réalisé en 1845, treize ans après son voyage.
Sont également présentées dans cette salle les copies réalisées par Odilon Redon de La Grèce et de La Chasse. Redon, artiste bordelais, admirait beaucoup Delacroix dont il a copié les œuvres au musée. Sa copie de La Chasse, réalisée avant l’incendie de 1871 qui détruisit le tiers supérieur de l’original, présente donc l’œuvre dans son intégralité.
Si le paysage était considéré par l’Académie comme un genre mineur, certains artistes du 19e siècle désirèrent représenter la nature d’une manière plus vraie. Installés dans la forêt de Fontainebleau, à Barbizon, ils réalisèrent des études en plein air, sur le motif, à partir desquelles ils travaillaient ensuite en atelier. L’un des précurseurs de ce mouvement est Georges Michel dont est présenté ici un Paysage. Narcisse Diaz de la Peña fait à partir de 1837 des séjours réguliers à Barbizon. La Forêt de Fontainebleau évoque la fusion de l’homme avec une nature observée avec soin. Jean-François Millet a également appartenu à ce groupe ; Cérès est une commande sur le thème des quatre saisons. Proche des peintres de Barbizon avec lesquels il entretenait des liens d’amitié, Camille Corot était cependant trop indépendant pour s’affilier à un groupe. Le Bain de Diane, également intitulé par l’artiste Effet du matin, appartient à la période où il aime traiter aubes et crépuscules.
Un des tableaux les plus célèbres de la collection est Rolla de Gervex ; peint en 1878. C’est avec cette grande toile que l’artiste acquit la célébrité. Refusée au Salon pour inconvenance, l’œuvre fut exposée dans une galerie privée. Un de ses intérêts est sa double facture. Gervex est en effet un peintre académique formé à l’Ecole des Beaux-Arts et on sent cette influence dans sa manière de traiter le nu, très blanc et inspiré des modèles antiques en marbre. En même temps à cette époque, tout jeune artiste, il est ami des impressionnistes et sa manière de peindre la nature morte de vêtements au premier plan, la literie et le ciel de lit se ressent de cette influence. A côté, La Bacchante de Bouguereau évoque l’académisme toujours plébiscité. Parmi les portraits de cette époque, nous présentons l’évocation subtile et pleine de tendresse par Boldini de l’épouse de son ami le peintre Madrazo.
Un autre artiste a également ouvert la voie à l’impressionnisme ; il s’agit d’Eugène Boudin qui entraîna le jeune Monet sur le motif. Marée basse à Etaples, de 1886, est tardif. Toute l’attention du peintre se porte sur le ciel qui occupe pratiquement tout l’espace, les nuages et leurs reflets dans l’eau, même s’il campe de sa manière rapide de petites silhouettes.
De la même décennie datent les paysages des deux artistes bordelais, John-Lewis Brown et Alfred Smith. Odilon Redon est né à Bordeaux en 1840. Le musée a la chance de posséder un nombre important d’œuvres de cet artiste singulier. Il a peint à plusieurs reprises Le Char d’Apollon, thème repris du plafond peint par Delacroix au Louvre. Dans notre version, de 1909, il oppose les bruns rouges sombres de la terre et de ses limites aux merveilleux bleus de l’infini du ciel, traitant ainsi de la quête de l’homme et de son aspiration vers le haut et l’ailleurs, avec cette grande diagonale des chevaux déclinés jusqu’à la verticale.
Ensuite est présenté le Redon paysagiste avec La Mer à Morgat. Trois pastels, St Sébastien, Profil de femme et Le Chevalier mystique, témoignent du talent de coloriste de cet artiste, qui s’est pourtant d’abord dédié uniquement au noir.
Autour du prestigieux tableau de Bonnard, Les Bas noirs, sont exposés d’autres nus comme le Nu dit Nu fauve de Marquet et le Nu dans l’atelier de Dufy.
Pour rendre hommage à la saison estivale, le musée a choisi de mettre en avant deux tableaux de Marquet, Jardin au Pyla et Le Pyla, où le peintre traduit la chaleur de l’été par des coloris éclatants et évoque les joies de la baignade. Dans la même salle sont présentées des œuvres de la jeunesse de Matisse qui fut l’ami de Marquet.
Picasso a peint en 1919 une très importante série de portraits de sa première épouse, la danseuse russe Olga Koklova.
Notre tableau appartient à cette série. Il fut déposé au musée à la suite de la seconde dation Picasso. Dans cette salle sont aussi réunies d’autres œuvres de cette période, les Baigneuses de Lhote, La Jeune fille au poisson de Bissière. Enfin, Soutine et Kokoschka sont également présents sur nos cimaises. Ils illustrent différentes formes d’expressions apparues tout au long du 20e siècle.