Louis Valtat est initié à la peinture dès son plus jeune âge, sans doute par son père, lui-même peintre. Il entre à l’École des Beaux-Arts de Paris en 1886, puis complète sa formation à l’Académie Julian, seule école d’art alors ouverte aux artistes femmes et étrangers. C’est dans ce creuset artistique qu’il côtoie les Nabis et se lie avec Pierre Bonnard et Edouard Vuillard. Ces rencontres sont décisives : il en retient le dessin simplifié et cerné de noir, les contrastes violents de couleurs posées en aplats.
À l'instar du Portrait d’une jeune Espagnole, cette œuvre est pleinement caractéristique de ce style d'inspiration nabie. On y retrouve ainsi le choix d’un cadrage audacieux avec la diagonale qui structure l’œuvre et les figures tronquées en arrière-plan. Ce fond, traité en touches épaisses qui donnent l’impression d’un miroitement du soleil, a sans doute été inspiré par le pointillisme d’Edmond Cross que Valtat a rencontré au début des années 1890 sur la côte méditerranéenne, près du Lavandou.
À partir du milieu des années 1890, l’artiste se rend périodiquement à Banuyls, en Espagne et à Arcachon pour y soigner des problèmes de santé. Cette œuvre fait partie d’une série de peintures réalisées lors de ces séjours. Son traitement préfigure le fauvisme qui fera scandale dix ans plus tard au Salon d'automne de 1905, et auquel Valtat participera.