La prédelle est compartimentée en cinq saynètes. Elle provient de la partie basse d’un retable, généralement composé de plusieurs panneaux disposés autour d’un tableau principal. La déploration du Christ occupe la place centrale : Marie, l’apôtre Jean et les saintes femmes se lamentent sur le corps du Christ déposé de la croix, avant sa mise au tombeau. Au-dessus de Marie-Madeleine, on aperçoit un homme agenouillé portant un bonnet rouge et un col luxueusement paré d’hermine. Celui-ci pourrait être le commanditaire du retable. Autour de cette scène centrale sont représentés quatre saints identifiables grâce à leurs attributs.
À gauche, saint Augustin tient la mitre et la crosse épiscopale, pour évoquer sa charge d’évêque d’Hippone ainsi qu’une maquette d’église. Le deuxième saint, reconnaissable au livre ouvert qu’il tient, est saint Ambroise de Milan, important théologien.
À droite de la scène de la déploration, sainte Barbe est reconnaissable grâce à la tour où son père l’emprisonna pour l’empêcher de se convertir au christianisme. La dernière figure pourrait représenter sainte Catherine de Sienne offrant son cœur au Christ.
L’ensemble de la composition est empreint d’un certain hiératisme propre au style gothique tardif. Les auréoles sur fond d’or poinçonné de nombreux motifs décoratifs en sont également les héritières. Néanmoins l’artiste, sans doute imprégné des nouvelles recherches esthétiques qui circulaient alors en Europe, fait aussi appel à la perspective illusionniste. Le travail de modelé du corps du Christ et des visages des saints contraste ainsi avec les fonds colorés sur lesquels se détachent les bustes. Derrière eux, disposés comme des étendards, ces arrière-plans sont ornés de motifs qui évoquent les riches tissus de brocarts et renforcent le caractère précieux de cette œuvre.
Lorsque cette prédelle a été léguée à la Ville, il a été mentionné que la prédelle provenait sans doute à la cathédrale de Seo del Salvador à Saragosse (Espagne), où s’appliquait la règle de saint Augustin. Les spécialistes pensent aujourd’hui que c’est peu probable.