L’œuvre d’Auguste Herbin (1882-1960) est emblématique de l’abstraction géométrique. L’artiste élimine toute trace de geste, tout effet de matière, tout élément figuratif, et conçoit ses peintures selon un procédé systématique, pensé en amont.
Après une période impressionniste, Herbin découvre l’approche structurée de Cézanne, marquée par une construction rigoureuse des formes. Il adopte ensuite le cubisme, dans une vision déjà épurée et architecturale, avant de se tourner définitivement vers l’abstraction en 1927.
C’est en 1945 qu’il crée son « alphabet plastique », qui lui servira à composer 169 peintures jusqu’à la fin de sa vie. Cet alphabet repose sur un choix de formes et de couleurs associées à des lettres et à des notes de musique.
Les formes qu’il privilégie sont essentiellement le carré, le cercle et le triangle, ainsi que le demi-cercle. Les couleurs sont les teintes primaires et les complémentaires, plus ou moins claires ou foncées, auxquelles s’ajoutent le noir et le blanc.
Les lettres du mot-titre choisi déterminent ainsi l’essentiel des formes et des couleurs de la peinture, auxquelles sont associés d’autres éléments colorés agencés de manière subjective.
Dans ce tableau, le triangle jaune correspond à la lettre « L », le demi-cercle bleu au « U », le cercle et le triangle blancs à la lettre « N » et le cercle rouge au « E ». Par le jeu des figures et des couleurs, fond et formes sont imbriqués, donnant à la composition une dynamique qui mobilise le regard.