Portrait de Madame Gabrielle Vallotton

Félix Vallotton

Image

Date : 1905
Signé, daté en bas à gauche : F. Vallotton 05
Technique : huile sur toile
Dimensions : H. 89 x L. 116 cm
Acquisition : achat de la Ville avec la participation du F.R.A.M.-Aquitaine, 1997
N° inv. : Bx 1997.1.1
Exposé
Crédit photo : F. Deval, mairie de Bordeaux

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L’année 1899 marque un tournant dans la carrière de Vallotton (1865-1925) : son mariage avec Gabrielle Rodrigues-Henriques (1863-1932), veuve avec trois enfants et fille du célèbre marchand de tableaux Alexandre Bernheim, lui assure aisance matérielle et reconnaissance artistique.

Renonçant au côté sarcastique de ses premiers bois gravés, l’ancien anarchiste savoure alors son bonheur conjugal et multiplie les scènes d’intérieur d’un confort bourgeois, mettant en scène sa jeune épouse dans l’intimité de son foyer.

Au tournant des années 1900, pourtant, les relations du couple se détériorent.
Sur un fond neutre et impersonnel, Gabrielle Vallotton est ici représentée dans une attitude méditative, le regard noir et mélancolique. Ce calme apparent contrebalance à peine le contraste entre la blancheur immaculée de la robe et le rouge éclatant du châle, qui suggère de manière subtile les drames qui se jouent dans l’intimité du couple.
 
Cette ambivalence - « Le feu sous la glace », pour reprendre le sous-titre de la rétrospective parisienne de 2013-2014 – est aussi caractéristique de la personnalité complexe de l’artiste et de sa relation ambiguë à sa femme, cette « terrifiante associée » qui lui inspire tour à tour fascination et répulsion. 

Optant pour un réalisme cru et sans concession, Vallotton joue ici avec les codes classiques du portrait, réactivés au début du 19siècle par David et Ingres. De ce dernier, dont il est un fervent admirateur, Vallotton retient l’exaltation de la ligne pure. Aux Nabis, dont il adopta l’esthétique avant-gardiste dès 1892, il doit les aplats colorés au rendu lisse et les cadrages audacieux, ainsi que l’aura de mystère qui enveloppe cette scène en apparence banale.