Le Vieux Carrier

Alfred Roll

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Date : 1878
Technique : huile sur toile
Dimensions : 114 x 90 cm
Acquisition : achat de la Ville à la Société des Amis des Arts de Bordeaux, 1886
N° inv. : Bx E 823
Exposé
Crédit photo : L. Gauthier, mairie de Bordeaux

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Qui est cet homme à l’air empreint de dignité et de lassitude qui nous fixe ? Un carrier, signale le titre, à savoir un ouvrier travaillant dans une carrière, représenté ici dans son vêtement de travail, une blouse sale, et tenant dans sa main droite ce qui pourrait bien être une barre à mine, autre indice de sa profession.

Ce portrait s’inscrit dans la veine naturaliste qui s’imposait alors et dont Alfred Roll fut un des représentants, au point d’être qualifié de « Zola du pinceau » par le critique d’art Louis Vauxcelles, inventeur du mot « fauve » (voir à ce sujet Le Sergent de la coloniale d’Albert Marquet. Après une formation auprès du peintre paysagiste Henri-Joseph Harpignies puis de Léon Bonnat à l’École des Beaux-Arts de Paris, Roll s’attache en effet à rendre compte de la vie moderne. Son tableau Inondation dans la banlieue de Toulouse en juin 1875 (aujourd’hui disparu) illustre bien ce parti pris : le sujet est un drame contemporain qui frappa les gens de peu. Le monde ouvrier retint aussi son attention, ainsi que l’illustre La Grève des Mineurs (1880, Valenciennes, musée des Beaux-Arts).

Le Vieux Carrier fait partie d’une série de portraits qu’il réalisa entre 1879 et 1894. Cependant, il s’agit là du seul portrait dont il ne précisa pas l’identité du modèle : le portrait devient celui non d’un homme dans son individualité, mais d’un archétype social.

Le saviez-vous ?

Familier des expositions annuelles de la Société des Amis des Arts, Alfred Roll envoie dans les années 1880 une série de tableaux pour le salon bordelais, dont cette œuvre. Dès l'inauguration du musée en 1885, l'artiste figurait déjà en bonne place au sein des collections bordelaises, au même titre que son ami le peintre bordelais Alfred Smith (1854-1936).

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Ce Vieux Carrier, qui a passé sa vie dans des carrières de pierre, a été peint par Alfred Roll. 

Ce dernier était l’ami de l’artiste bordelais Alfred Smith, également représenté dans les collections du musée par de nombreux tableaux. L’un d’eux, intitulé Quai de la Grave à Bordeaux, aborde d’ailleurs le même thème naturaliste que la toile qui vous fait face, puisqu’il représente des carriers au travail sur les quais.

De Roll, peintre de la réalité moderne, on connaît au moins cent cinquante portraits populaires, peints à taille réelle. À l’exception du Vieux Carrier, tous ces portraits étaient nommés pour signifier que les portraiturés n’étaient pas des modèles, mais de vrais personnages. Sa peinture, tout à fait naturaliste, se caractérise par cet attachement à représenter des travailleurs sans les idéaliser, et à retranscrire un monde en profonde mutation technique et sociale. La pose statique, de même que les attributs des métiers ou les regards dirigés vers le spectateur, sont autant de caractéristiques typiques des portraits réalistes de Roll. 

Jamais condescendant, ni même misérabiliste, le peintre cherche dans ces effigies à procurer un sentiment de vérité, dont la touche vigoureuse, faite d’empâtements, constitue l’écho pictural.