Qui est cet homme à l’air empreint de dignité et de lassitude qui nous fixe ? Un carrier, signale le titre, à savoir un ouvrier travaillant dans une carrière, représenté ici dans son vêtement de travail, une blouse sale, et tenant dans sa main droite ce qui pourrait bien être une barre à mine, autre indice de sa profession.
Ce portrait s’inscrit dans la veine naturaliste qui s’imposait alors et dont Alfred Roll fut un des représentants, au point d’être qualifié de « Zola du pinceau » par le critique d’art Louis Vauxcelles, inventeur du mot « fauve » (voir à ce sujet Le Sergent de la coloniale d’Albert Marquet. Après une formation auprès du peintre paysagiste Henri-Joseph Harpignies puis de Léon Bonnat à l’École des Beaux-Arts de Paris, Roll s’attache en effet à rendre compte de la vie moderne. Son tableau Inondation dans la banlieue de Toulouse en juin 1875 (aujourd’hui disparu) illustre bien ce parti pris : le sujet est un drame contemporain qui frappa les gens de peu. Le monde ouvrier retint aussi son attention, ainsi que l’illustre La Grève des Mineurs (1880, Valenciennes, musée des Beaux-Arts).
Le Vieux Carrier fait partie d’une série de portraits qu’il réalisa entre 1879 et 1894. Cependant, il s’agit là du seul portrait dont il ne précisa pas l’identité du modèle : le portrait devient celui non d’un homme dans son individualité, mais d’un archétype social.